Évaluer, d’accord, mais qui quoi comment ?

Bonjour à  tous,

Notre quatrième semaine de continuité pédagogique s’achève et nous allons pouvoir souffler un peu avec une semaine de vacances d’enseignement. En fait, cela devrait surtout nous permettre de réfléchir à  la suite ! Le confinement va certainement être prolongé lundi pour nous mener au moins jusqu’en mai. La fin de notre année universitaire a de fortes chance de se faire en confinement.

Les conditions d’enseignement que nous et nos étudiants, avons vécues doit nous interroger sur les objectifs pédagogiques de nos cours. Vous savez tous que je suis un fervent défenseur de l’enseignement hybride et à  distance, que je déclare bien souvent que l’on peut faire aussi bien voire mieux à  distance qu’en présentiel. Mais ce que nous venons de vivre, ce n’est pas de l’enseignement à  distance, c’est une adaptation dans l’urgence à  une crise sanitaire. Il est évident que les apprentissages des étudiants n’ont pas pu se faire dans des conditions optimales ni même normalement acceptables.
C’est pourquoi il faut que l’on revoit en conscience et en conséquence nos objectifs de cours et donc l’évaluation de leur atteinte.

Plusieurs options peuvent être explorées :

  • Il y a eu une continuité pédagogique avec une réelle interaction avec les étudiants, vous avez pu accompagner les étudiants disponibles vers des apprentissages concrets. Il me semble qu’il faut évaluer ces apprentissages, cela leur donne de la valeur et en ce moment les étudiants en ont besoin.
  • Les conditions matérielles, psychologiques, ou autres, n’étaient pas réunies pour faire correctement votre enseignement, donc les étudiants n’ont pas pu acquérir les capacités et compétences voulues. Selon ce qui a pu être fait, on peut imaginer mettre en place une évaluation plus diagnostique que certificative, voire si l’on est très loin des objectifs initiaux, neutraliser l’UE cette année.

Nous avons des étudiants qui ont travaillé dur, plus que la normale, pour garder les objectifs, il nous faut reconnaître et valoriser ce travail.
Mais il y a aussi des étudiants qui ont mal, voire très mal vécu cette période, pour des raisons indépendantes de leur volonté, nous ne pouvons les pénaliser.
Il nous faut, chacun, trouver la réponse la plus adaptée à  chacune des situations. La bienveillance doit être notre règle en cette période si difficile.

Donner aux uns ce n’est pas forcément prendre aux autres. Si certains sont en conditions de faire preuve de leurs apprentissages, pourquoi ne pas leur en donner l’occasion. Mais il ne faut pas pour autant que cela soit « une chance de moins » pour les autres.
En reconnaissant que finalement dans cette période tous nos étudiants sont potentiellement des étudiants empêchés, et doivent donc pouvoir bénéficier d’un examen de remplacement, on ne lèse personne si la bienveillance règne lors de cette épreuve de remplacement. La justification de l’empêchement de l’étudiant ne sera pas toujours simple à vérifier, même parfois impossible. Ils nous faut donc accepter la simple déclaration sur l’honneur des étudiants comme preuve de leur « empêchement ».

Des retours étudiants font état de situations très difficiles, qui bien évidement ne sont pas des cadres favorables aux études et pourraient très bien être considérés comme « empêchement ». En voici quelques exemples:

  • Partage de l’ordinateur familial, avec des parents qui télétravaillent, des frères et sœurs qui ont eux aussi des cours à suivre ;
  • Connexion internet inexistante ou de très mauvaise qualité ;
  • Connexion uniquement par smartphone, avec souvent des forfait data épuisés ;
  • Promiscuité dans le confinement, sans espace de travail calme ;
  • Manque de communication avec les enseignants ;
  • Sentiment d’abandon pédagogique ;
  • Stress de l’échec face à l’incertitude de l’évaluation ;
  • Anxiété généralisée face à la situation sanitaire globale ;
  • Maladie ou maladie chez des proches.

Nous ne pouvons malheureusement par intervenir directement sur beaucoup de ces difficultés, alors n’hésitons pas à rendre les choses plus simple sur les domaines où nous le pouvons.

Bref, évaluons, car une bonne évaluation, en adéquation avec l’enseignement qui a réellement eu lieu est une récompense et non une sanction.

N’hésitez pas à contacter la mission APUI pour trouver une modalité d’évaluation la plus adaptée à votre situation.

Thierry SPRIET